Anna Sanders Films, cinéma et art contemporain

A l’image des artistes regroupÈs depuis 1997 dans la structure Anna Sanders qui assument les contraintes et les conventions du ´cinÈma d’auteurª, nous avons mobilisÈ dans ce dossier les outils de l’analyse de films en les confrontant aux dÈclarations d’intention des rÈalisateurs. Nous reproduisons dÈlibÈrÈment les a priori formels et mÈthodologiques associÈs aux Ètudes filmiques, tout en nous inscrivant dans une perspective auteuriste. Paradoxalement, nous allons ainsi ‡ l’encontre du caractËre industriel et collectif du cinÈma qui est la raison d’Ítre de la S‡rl Anna Sanders Films. Ce parti pris prÈsente l’avantage selon nous de se distinguer de la littÈrature secondaire consacrÈe ‡ leurs activitÈs d’artistes-cinÈastes. Cette derniËre est principalement constituÈe d’articles de revues d’art (Art Press, Parachute, Purple Prose), d’entretiens et de livres illustrÈs qui oscillent entre la rhÈtorique du manifeste et la forme du catalogue d’exposition. Il faut encore remarquer que ces ouvrages sont eux-mÍmes produits par des structures auxquelles Anna Sanders Films est Ètroitement associÈe, allant mÍme jusqu’‡ nommer une collection aux Presses du rÈel.
††† Cette structure de production de films est en dÈcalage par rapport au milieu de l’art contemporain, autour duquel gravitent Pierre Huyghe, Dominique Gonzalez-Foerster, Charles de Meaux, Philippe Parreno et Apichatpong Weerasethakul. Nous assistons ‡ la superposition du dispositif de la salle obscure au white box qui est la rËgle d’usage dans les espaces d’exposition. Cette rencontre instille dans le champ de l’art contemporain diffÈrentes problÈmatiques cinÈmatographiques, telles que la durÈe, l’expÈrience du tournage et l’expÈrimentation des formes du rÈcit. Inversement, la pratique de l’installation et l’attention mobile et acentrÈe mise en jeu dans l’exposition ou l’environnement imprËgnent leur pratique de cinÈastes. Anna Sanders Films constitue un ensemble vide, un lieu de disponibilitÈ pouvant Ítre investi par diffÈrents auteurs.

Rappelons en effet que les deux artistes ont achetÈ sur catalogue les droits d’exploitation de ce personnage de manga ‡ une entreprise japonaise qui crÈe des silhouettes prÍtes ‡ Ítre animÈes ‡ travers diffÈrents media (publicitÈ, dessins animÈs, bande-dessinÈe). Aussi, Huyghe, Parreno, Gonzalez-Foerster ou encore Rikrit Tiravanija ont-ils investi le support AnnLee. Cette circulation entre les supports (photographie, affiche, sculpture, film, vidÈo, installation, magazine) manifeste un certain nombre de prÈoccupations (fictionnalisation, disponibilitÈ, transversalitÈ) qui se cristalliseront autour des films produits par Anna Sanders.
††† Ces productions de courts comme de longs mÈtrages sont apprÈhendÈes dans le prÈsent dossier selon leurs spÈcificitÈs de textes filmiques. En faisant porter l’accent sur la logique interne des oeuvres et en la confrontant aux dÈclarations d’intention des auteurs, nous pouvons dÈgager les stratÈgies de reprÈsentation mises en jeu. Nous Èprouvons ainsi la validitÈ de ces objets autonomes, en prenant ‡ la lettre le projet d’occupation du territoire du cinÈma ÈnoncÈ par l’outil de production Anna Sanders. En analysant tour ‡ tour les dÈmarches des signataires des films Anna Sanders, nous mettons en lumiËre le caractËre non uniforme des esthÈtiques et des logiques, qui sont tiraillÈes entre la forme du cinÈma d’essai (d’o˘ la rÈception majoritaire de Weerasethakul dans les revues de cinÈma et les chroniques de films au sein des quotidiens) et la pratique de plasticiens (d’o˘ la prise en compte des dispositifs de projection de Huyghe, Parreno et Gonzalez-Foerster par la critique d’art principalement). Quant ‡ De Meaux, qui occupe la fonction de producteur, il s’inscrit rÈsolument dans le champ du cinÈma, tout en convoquant des stratÈgies issues de l’art conceptuel.
††† La rubrique suisse est entiËrement dÈvolue ‡ la 61e Èdition du Festival de Locarno. C’est l’occasion de revenir sur les dÈbuts en cinÈma de Nanni Moretti, auquel le festival a consacrÈ sa rÈtrospective. Les derniËres productions de Lionel Baier, Antoine Cattin et Pavel Kostomarov, Fernand Melgar, Jacqueline Veuve et Jean-Charles Fitoussi sont ainsi passÈes en revue, parmi d’autres films. Sur un plan plus institutionnel, la polÈmique qui s’est nouÈe autour des dÈclarations du chef de la section cinÈma de l’OFC est Ègalement rapportÈe.

pp. 120; Publisher: Publications universitaires romandes, 2008.

ISBN: 9782970058281| 2970058286
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ID: 13547

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A l’image des artistes regroupÈs depuis 1997 dans la structure Anna Sanders qui assument les contraintes et les conventions du ´cinÈma d’auteurª, nous avons mobilisÈ dans ce dossier les outils de l’analyse de films en les confrontant aux dÈclarations d’intention des rÈalisateurs. Nous reproduisons dÈlibÈrÈment les a priori formels et mÈthodologiques associÈs aux Ètudes filmiques, tout en nous inscrivant dans une perspective auteuriste. Paradoxalement, nous allons ainsi ‡ l’encontre du caractËre industriel et collectif du cinÈma qui est la raison d’Ítre de la S‡rl Anna Sanders Films. Ce parti pris prÈsente l’avantage selon nous de se distinguer de la littÈrature secondaire consacrÈe ‡ leurs activitÈs d’artistes-cinÈastes. Cette derniËre est principalement constituÈe d’articles de revues d’art (Art Press, Parachute, Purple Prose), d’entretiens et de livres illustrÈs qui oscillent entre la rhÈtorique du manifeste et la forme du catalogue d’exposition. Il faut encore remarquer que ces ouvrages sont eux-mÍmes produits par des structures auxquelles Anna Sanders Films est Ètroitement associÈe, allant mÍme jusqu’‡ nommer une collection aux Presses du rÈel.
††† Cette structure de production de films est en dÈcalage par rapport au milieu de l’art contemporain, autour duquel gravitent Pierre Huyghe, Dominique Gonzalez-Foerster, Charles de Meaux, Philippe Parreno et Apichatpong Weerasethakul. Nous assistons ‡ la superposition du dispositif de la salle obscure au white box qui est la rËgle d’usage dans les espaces d’exposition. Cette rencontre instille dans le champ de l’art contemporain diffÈrentes problÈmatiques cinÈmatographiques, telles que la durÈe, l’expÈrience du tournage et l’expÈrimentation des formes du rÈcit. Inversement, la pratique de l’installation et l’attention mobile et acentrÈe mise en jeu dans l’exposition ou l’environnement imprËgnent leur pratique de cinÈastes. Anna Sanders Films constitue un ensemble vide, un lieu de disponibilitÈ pouvant Ítre investi par diffÈrents auteurs.

Rappelons en effet que les deux artistes ont achetÈ sur catalogue les droits d’exploitation de ce personnage de manga ‡ une entreprise japonaise qui crÈe des silhouettes prÍtes ‡ Ítre animÈes ‡ travers diffÈrents media (publicitÈ, dessins animÈs, bande-dessinÈe). Aussi, Huyghe, Parreno, Gonzalez-Foerster ou encore Rikrit Tiravanija ont-ils investi le support AnnLee. Cette circulation entre les supports (photographie, affiche, sculpture, film, vidÈo, installation, magazine) manifeste un certain nombre de prÈoccupations (fictionnalisation, disponibilitÈ, transversalitÈ) qui se cristalliseront autour des films produits par Anna Sanders.
††† Ces productions de courts comme de longs mÈtrages sont apprÈhendÈes dans le prÈsent dossier selon leurs spÈcificitÈs de textes filmiques. En faisant porter l’accent sur la logique interne des oeuvres et en la confrontant aux dÈclarations d’intention des auteurs, nous pouvons dÈgager les stratÈgies de reprÈsentation mises en jeu. Nous Èprouvons ainsi la validitÈ de ces objets autonomes, en prenant ‡ la lettre le projet d’occupation du territoire du cinÈma ÈnoncÈ par l’outil de production Anna Sanders. En analysant tour ‡ tour les dÈmarches des signataires des films Anna Sanders, nous mettons en lumiËre le caractËre non uniforme des esthÈtiques et des logiques, qui sont tiraillÈes entre la forme du cinÈma d’essai (d’o˘ la rÈception majoritaire de Weerasethakul dans les revues de cinÈma et les chroniques de films au sein des quotidiens) et la pratique de plasticiens (d’o˘ la prise en compte des dispositifs de projection de Huyghe, Parreno et Gonzalez-Foerster par la critique d’art principalement). Quant ‡ De Meaux, qui occupe la fonction de producteur, il s’inscrit rÈsolument dans le champ du cinÈma, tout en convoquant des stratÈgies issues de l’art conceptuel.
††† La rubrique suisse est entiËrement dÈvolue ‡ la 61e Èdition du Festival de Locarno. C’est l’occasion de revenir sur les dÈbuts en cinÈma de Nanni Moretti, auquel le festival a consacrÈ sa rÈtrospective. Les derniËres productions de Lionel Baier, Antoine Cattin et Pavel Kostomarov, Fernand Melgar, Jacqueline Veuve et Jean-Charles Fitoussi sont ainsi passÈes en revue, parmi d’autres films. Sur un plan plus institutionnel, la polÈmique qui s’est nouÈe autour des dÈclarations du chef de la section cinÈma de l’OFC est Ègalement rapportÈe.